Assise sur le quai de février, de pied ferme attâché au pavé de mon âge, la femme de ma nouvelle pleure ses vêtements. Le souffle à la main, l'instant d'un sanglot, elle pousse son ivresse à trinquer au poète. Elle lève son coeur au dessus de sa tête, brandit ses lèvres comme seul argument, elle ne veux surtout pas croire que la prose peut nous nuire.
Habillée de sa nudité, voilée de pudeur, éclairée par le regard d'une lampe, elle demeure étendue au hasard du temps sur le seuil de mes mots. elle quémande un morceau de phrase, mendie une robe, elle ose caresser l'espoir qu'à la page suivante, elle ne demeure pas dans le même état. Pourtant, j'ai bien pensé de pas la troubler, la poser sur la peau de ma feuille du bout de la plume, sans lui ôter le moindre de ses charmes. Ma pensée n'a pu contenir sa perversité, et de mes termes est née, une femme aussi nue que mon coeur.
C'était une femme de rien, à l'aube d'un sujet, dansant au gré des variations de la plume, qui se dressait à la pointe d'une ligne, sur des talons de mots. Elle ondulait sa courbe à chaque carrefour, nourrissant de plaisir la plus misérable locution. Une femme de pensée, l'amante truquée par la valeur des termes, qui vivait dans ma tête et qui voulait sortir.
Je ne peux incliner ma pensée, son image me gêne le jour; me courtise la nuit. Chaque heure, chaque personne, chaque sanglot me rapelle à son souvenir, chacun de ses yeux me pousse à me perdre. Si j'essaie de croire qu'elle peut s'égarer, c'est que mes mots se sentent aujourd'hui menacés d'une prochaine descente, d'une aventure de papier entre l'encre et ma peine. Je sais pertinement que ma mine s'en moque, que mon écriture plus étique encore, ne supportera pas le poids trop accablant de ma pensée. Je suis pourtant persuadé que j'arriverais à trouver un carnet, que mon envie ne restera pas sans abrit.
Il pleut ce matin, et ma femme est trempée. Le vent ne bourdonne qu'à demi et l'eau déjà s'accumule à en emplir ses yeux. Les feuilles sont parties danser au canniveau, l'égoût de ses larmes innonde goutte-à-goutte les mots qui la séparent de moi. Les vagues trouvent chemin, et maintenant, ma feuille est noyée. L'encre s'accroche désormais aux paroies glissantes de mes caractères, mais le flot est trop préssé, ma plume s'embarque. Le canot à la main, je repêche mon outil et mon amante aussi. Je presse mon désir à faire sécher mon coeur, supplie mes mots encore grelotants de trouver un refuge, en une autre feuille, à ma vie toute entière. J'enmène avec moi, sous le bras du temps, celle qui égaye ma prose.
Sur une autre rive, en une autre demi-heure, j'implore ma femme de ne pas s'en aller. Le sommeil a jugé qu'il était un peu tard, et qu'il devait évanouïr l'éclaircie de ma tête.
Aujourd'hui c'est la neige qui menace, et le temps ne va plus. La femme de ma nouvelle, sur cette branche ingrate, en a assez de moi et de toutes ces tournûres. Le froid a cela d'exitant, qu'elle demeure énervée. J'amuse ma langue à lui venir en aide, et mon esprit se fascine toujours par sa nudité. Il faut cependant que mon rêve s'organise, que sa volonté soit faîte, que j'écrive un vêtement. Mon orgueil n'a d'égal que mon obscénité, et je peine à le garotter dans ma convenance. Elle reste immobile, perchée au sommet de mon crâne, ni moi ni mes mots ne pouvons l'atteindre pour la réchauffer. Je conçois avec lucidité que la chute sera brutale, si je ne trouve guerre de remède à sa frilosité. Alors je me retire sans hâte, sème mes dernières traces à lui trouver une robe, mais la neige est glaciale et ma mémoire ne se souviens plus de la rue des échoppes. Je tourne ma tête au dessus de la capitale, èrre en des coins sans aiguiser mes pas, provoque mon hasard à trouver du tissu.
J'ai gaspillé beaucoup trop d'espérance, ma peine doit se résoudre à ne rien découvrir.
Si ma raison le veux, elle sera ingénieuse, et l'horloge à la main, elle défiera Chronos. Elle attendra mon retour, patiente, sur le bord de mon inspiration.
A cette heure, le ciel est tombé sur Paris, et mon coeur fait le mouchard. Mes mots raisonnent jusqu'à effrayer le support, et me poussent à me perdre. Je ne parviens plus désormais à contrôler ma main, ni même à faire taire ses cris qui assiègent ma tête. Je leur lègue alors la tâche la plus épineuse, qu'ils me prouvent leur talent en inventant la fin.
Il suffit de choisir ses mots, et la beauté parraît. Les miens n'ont pas pu contenir leur perversité, alors, de la femme de ma nouvelle, il n'en reste qu'une miette. Ils ont jugés bon de recouvrir à sa nudité, cette amante aussi nue que mon coeur, demeurera bien au chaud au fond de ma nostalgie.
Son sang tâche ma feuille au coeur, en fait, elle est née prisonnière de mon écriture, enfermée derrière toutes ces phrases, elle meurt dans la ville de mots que j'ai créé pour elle.